RHINOCÉROS

Création
Théâtre
RHINOCÉROS
Ionesco · Vigner

Présentation

Événements inexplicables qui me sont arrivés

D'abord ma naissance. Ensuite, l'existence, c'est-à-dire, le fait d'être là, ou d'être tout court. L'existence universelle. Le monde qui m'entoure. Le mystère de la mort. En somme, tout est mystère: ainsi la vie quotidienne, tout ce qui s'y passe. L'existence des autres. Les autres: le fait que je ne sois pas eux ou qu'ils ne soient pas moi. La souffrance, la joie, le bien et le mal. Surprenant, le fait de s'habituer à l'existence, à tel point qu'elle vous semble tout à fait normale. Surprenant, le fait de trouver, dans ce chaos, des points de repères: pouvoir se déplacer d'un lieu à un autre; prévoir, à plus ou moins brève échéance. Parler, penser. Être plus ou moins compris par les autres. Comprendre plus ou moins les autres. Je n'ai jamais cru que l'on ne pouvait communiquer avec les autres. L'incommunicabilité pourrait sembler plus logique, s'il m'est permis d'employer ce mot. Tout le monde comprend tout le monde, si on le veut bien, en faisant un petit effort, en donnant des éclaircissements, en parlant. Justement, c'est de se comprendre qui est étonnant. On a pensé que l'un des thèmes principaux de mes écrits était celui de l'incommunicabilité. C'est une erreur. Je n'ai pas cherché à illustrer l'idée que la communication est impossible. Il s'agit là, entre les gens, parfois, d'incompréhensions mineures qui peuvent s'arranger. Cependant, nous vivons tous dans une ignorance fondamentale entre les murs de l'existence. Dans l'ignorance majeure, fondamentale, essentielle. Dans l'incompréhension absolue.
EUGÈNE IONESCO, Cahiers de l'Est, N°1, janvier 1975

Extrait du parcours

Le 11 novembre 2000 ÉRIC VIGNER ouvre la saison du CDDB avec RHINOCÉROS d’Eugène IONESCO, la pièce a été absente de la scène pendant quarante ans. 

"Nous savons tous que la critique semble impossible, que les critères varient, que les critères ne couvrent pas l’œuvre, que, parlant d’une œuvre littéraire, les critiques font, en réalité, de la psychologie ou de la sociologie ou de l’histoire ou de l’histoire littéraire, et ainsi de suite. C’est-à-dire, ils sont toujours à côté de l’œuvre, dans le contexte ; le texte ne les touche guère alors qu’il est la chose la plus importante ; c’est le texte qu’il faut voir, c’est-à-dire l’unicité de l’œuvre qui est un organisme vivant, création créaturée ; non pas le contexte, c’est-à-dire la généralité, c’est-à-dire l’extérieur, l’impersonnel ; ce n’est pas ce qui m’importe, ce qui importe, c’est ce qui ne ressemble à nulle autre : c’est-à-dire ni la sociologie ni l’histoire, mais dans l’histoire, dans la société, son irréductibilité, cette histoire-ci, celle de l’œuvre, pas une autre. Toute l’histoire de l’art est l’histoire de son expression. Chaque fois qu’il y a une expression nouvelle, il y a événement, quelque chose arrive, quelque chose de neuf. Ceci donc m’est resté : l’expression est fond et forme à la fois. Ce n’est pas l’histoire qui compte, mais surtout comment c’est écrit, c’est-à-dire comment n’importe quelle histoire doit révéler une signification plus profonde. Aimer davantage comment une histoire est racontée plutôt que ce qu’elle raconte, c’est cela le signe de la vocation littéraire." [1]

BÉRENGER
C'est une chose anormale de vivre.
JEAN
Au contraire. Rien de plus naturel. La preuve : tout le monde vit.
BÉRENGER
Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares. [2]

"Et maintenant, avant de passer au chapitre suivant, j'engage le lecteur à méditer une vingtaine de minutes sur l'identité des contraires."
Eugène Ionesco

BÉRENGER
Où trouver les armes ?
LE LOGICIEN
La logique n'a pas de limite !
JEAN
En vous-même. Par votre volonté.
BÉRENGER
Quelles armes ?
LE LOGICIEN
Vous allez voir...
JEAN
Les armes de la patience, de la culture, les armes de l'intelligence. Devenez un esprit vif et brillant. Mettez-vous à la page.
BÉRENGER
Comment se mettre à la page ?  [2]

"Si je pouvais faire comme eux. Ahh, ahh, brr! Non, ça n'est pas ça! Essayons encore, plus fort! Ahh, ahh, brr! non, non, ce n'est pas ça, que c'est faible, comme cela manque de vigueur. Je n'arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr! Les hurlements ne sont pas des barrissement! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. Je me défendrai contre tout le monde! Contre tout le monde, je me défendrai! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout! Je ne capitule pas !" [3]

"Exit le décor de la France profonde des années 1950, le petit marché, le petit bureau… Un Rhinocéros gît au milieu de la scène vide, éventrée, cauchemar énorme de l’unique personnage vraisemblable de la pièce, Bérenger. JEAN-DAMIEN BARBIN transforme son aventure en face à face exclusif avec la Bête. En contraste, les autres témoins de son irruption, qui se transforment tous métaphoriquement en rhinocéros, parlent avec la sentencieuse lenteur des ombres dans les songes… Bérenger rêve tout ce qui l’entoure, le cerne." 
CHRISTOPHE DESHOULIÈRES

DAISY
Et la tête, comment va-elle ?
BÉRENGER
Beaucoup mieux, mon amour.
DAISY
Alors, nous allons enlever ce pansement.
BÉRENGER
Ah! non, n'y touche pas.
DAISY
Mais si, on va l'enlever.
BÉRENGER
J'ai peur qu'il n'y ait quelque chose dessous.
DAISY
Toujours tes peurs, tes idées noires. Tu vois, il n'y a rien. Ton front est lisse.
BÉRENGER
C'est vrai, tu me libères de mes complexes. Que deviendrai-je sans toi ?
DAISY
Je ne te laisserai plus jamais seul.
BÉRENGER
Avec toi, je n'aurai plus d'angoisses.
DAISY
Je saurai les écarter.
BÉRENGER
Nous lirons des livres ensemble. [3]

BÉRENGER
Eh oui, je rêve... La vie est un rêve. [2]

[1] EUGÈNE IONESCO, ENTRE LA VIE ET LE RÊVE, Entretiens avec CLAUDE BONNEFOY, Gallimard 1996
[2] EUGÈNE IONESCO, RHINOCÉROS, Acte I, Gallimard 1959
[3] EUGÈNE IONESCO, RHINOCÉROS, Acte III, Gallimard 1959

 

© Photographies : Alain Fonteray
Textes assemblés par Jutta Johanna Weiss
© CDDB-Théâtre de Lorient

Générique & production

Œuvre originale

Titre de l'œuvre originale: 
Rhinocéros
Auteur de l'œuvre originale: 
Langue de l'œuvre originale : 
Français
Genre de l'œuvre originale: 
Éditeur de l'œuvre originale: 
Année de dépôt légal ou de création originale: 
1959
Adaptation: 

Générique

Langue du spectacle: 
Français
Nombre d'interprètes: 
7
Mise en scène & décor: 
Costumes: 
Lumière: 
Maquillage: 
Assistant(e) à la mise en scène: 
Assistant(e) au décor: 
Reportage photographique: 

Création production

Année de création: 
2000
Date de création: 
11 Nov 2000
Lieu(x) de création: 
Salle(s): 
CDDB

Calendrier

Répétitions & création

Création au CDDB - Théâtre de Lorient 11 Nov 2000 - 18 Nov 2000

Communication

Bible · Feuille de salle
Bible · Feuille de salle
Bible · Feuille de salle
Bible · Feuille de salle

Presse

Aucune outrance dans le jeu des comédiens, seulement le temps pris dans la diction pour que le texte d'Ionesco délivre toute sa force et sa délicatesse, sa violence et sa poésie.
Le Télégramme
Ionesco sort vainqueur de la mise en scène décapante d'Éric Vigner à Lorient.
TGV Magazine
Le travail d'Éric Vigner, tout en nuances, jouant des décalages de placement et de déplacement des comédiens dans l'espace est toujours un régal.
Ouest France
Presse régionale - Avant-papier
Oct 2000
2000-10
Presse nationale - Critique
Déc 2000
Christophe Deshoulières
2000-12
Presse régionale - Avant-papier
19 Sep 2000
Benoit Le Breton
2000-09-19
Presse régionale - Avant-papier
03 Nov 2000
Olivier Scaglia
2000-11-03
Presse régionale - Avant-papier
05 Nov 2000
2000-11-05
Presse régionale - Avant-papier
09 Nov 2000
Benoit Le Breton
2000-11-09
Presse régionale - Avant-papier
11 Nov 2000
Olivier Scaglia
2000-11-11
Presse régionale - Critique
13 Nov 2000
2000-11-13
Presse régionale - Critique
13 Nov 2000
Benoit Le Breton
2000-11-13

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Matière artistique