Scènes Magazine · Décembre 2000 · LA DIDONE

Scènes Magazine · Décembre 2000 · LA DIDONE
Entretien avec Christophe Rousset.
Presse internationale
Avant-papier
Bernard Halter
Déc 2000
Scènes Magazine
Langue: Français
Tous droits réservés

Scènes Magazine

Décembre 2000 · Propos recueillis par Bernard Halter

Christophe Rousset : Rencontre

Fidèle à la musique ancienne, Christophe Rousset sera à l'Opéra de Lausanne entre le 31 décembre et le 9 janvier pour nous présenter à la tête de ses Talens Lyriques un programme italien issu de l'époque qu'il affectionne tout particulièrement, le XVIl e siècle.

CAVALLI sera à l'honneur avec son opéra composé en 1643, Didone. Une version d'une durée allégée, l'original s'étalant sur près de quatre heures et demies. L'ensemble français et son chef fondateur ont pris le parti de rendre l'intrigue plus lisible en délaissant quelques développements qui lui sont extérieurs. Le tout gardera bien évidemment sa cohérence ; la beauté intrinsèque de l'oeuvre en émanant vraisemblablement d'une façon plus directement perceptible encore. Rendez-vous donc à l'Opéra de Lausanne autour d'une musique qui
trouve ses marques depuis quelques années et qui peut être considérée comme neuve pour le public, malgré ses trois cent cinquante ans !

Comment en êtes-vous venu à créer votre propre ensemble, Les Talens Lyriques ?

J'ai beaucoup travaillé avec et pour d'autres chefs. Je peux, avec mon ensemble, choisir les oeuvres que je désire monter, ainsi que les solistes et les musiciens avec lesquels je souhaite travailler. Je réalise depuis près de dix ans un travail avec Les Talens Lyriques, ce qui me permet de me consacrer d'une façon personnelle à un répertoire peu abordé.

Vous arrive-t-il encore de diriger d'autres ensembles ?

Oui, mais je ne le fais que s'il s'agit d'ensembles jouant sur instruments d'époque et exclusivement sur de tels instruments. J'ai travaillé avec le New York Collegium, The Orchestra of the Age of Enlightenment, des ensembles à Tokyo, en Slovaquie. Je serai bientôt à Vienne et Turin. C'est à chaque fois très différent. J'ai l'habitude de travailler avec mon orchestre, qui sait exactement ce que j'en attends. Quand je conduis un projet avec une autre formation, je dois expliquer mes vues. Les caractéristiques locales influencent fortement la vision imprimée à la musique. À New York, par exemple, je me suis retrouvé face à des musiciens de grande classe, pour lesquels mon apport a surtout eu des incidences stylistiques. C'est une richesse essentielle à mon travail que de pouvoir ainsi varier l'approche de la musique.

Comment s'inscrit CAVALLI dans l'histoire de l'opéra ?

CAVALLI a été l'élève de MONTEVERDI. Il a commencé à composer très jeune. LA DIDONE procède de la première manière de CAVALLI. Il date de 1643, c'est-à-dire qu'il est contemporain du Couronnement de Poppée de MONTEVERDI. Le livret est d'ailleurs du même auteur que pour l'opéra de MONTEVERDI, à savoir de Busenello. Le style de CAVALLI évoluera vers le baroque par la suite, avec sa pluralité des styles, entremêlant tragique et comique. LA DIDONE, attachée à une forme plus ancienne, reste quant à elle exclusivement tragique.

Vous êtes très proche de la musique italienne. Que recèle-t-elle pour vous que vous ne trouvez pas ailleurs ?

J'adore la voix et veux la mettre en avant. L'Italie est le pays qui a le mieux écrit pour elle. Elle constitue le point de rapprochement avec tout. J'ai par ailleurs une affinité spéciale avec l'Italie, où je vis. C'est l'un des grands berceaux de l'art occidental et pas seulement de la musique vocale. Il est en fait assez légitime, de par mes activités, voire même banal, que j'entretienne une telle relation de proximité avec ce pays.

Quelle place occupe le clavecin dans votre pratique musicale actuelle ?

Une place prépondérante. Le clavecin est mon instrument. Je garde ainsi une relation intime avec la musique. Maintenir présent le clavecin dans mon travail est un facteur d'équilibre, un équilibre que je peux partager avec les musiciens des Talens Lyriques. J'aime emmener les répétitions au clavecin. Par ailleurs, chaque fois que je peux en jouer dans l'opéra que je dirige, je le fais. Ce sera le cas pour LA DIDONE à Lausanne. Abstraction faite de mon activité liée à l'orchestre et à la scène, je donne encore beaucoup de récitals de clavecin et continue à enregistrer des oeuvres écrites pour lui.

Précisément, parmi tous les enregistrements que vous avez réalisés avec les Talens lyriques, lequel/lesquels vous paraît/paraissent le/les plus abouti/s ?

Difficile à dire. Il y a des compositeurs que j'affectionne plus particulièrement. De façon générale, je ne réécoute pas les enregistrements que je fais. Les disques représentent à mes yeux des arrêts sur image, des instantanés, tout particulièrement ceux dévolus au clavecin. Si je devais faire une recommandation concernant ce que j'ai gravé, j'inciterais plutôt les personnes intéressées à partir à la découverte du répertoire que j'aborde, plutôt que d'une réalisation particulière.